2020-12-30

Sobriété numérique et développement web

Julien Wilhelm

Pour beaucoup, qui dit sobriété dit ne pas pouvoir faire selon son bon vouloir. L'approche à travers le prisme de la sobriété est souvent mal perçue de prime abord, à tort. C'est d'autant plus vrai quand il s'agit de communication professionnelle sur Internet.

Dans mon métier, la sobriété, ce n'est pas être limité, mais fixer ses propres limites. Promouvoir la conception de sites web écoresponsables ne revient pas à produire exclusivement des sites web aseptisés, bien au contraire ! J'expliquais en introduction de cet article pourquoi un site web pollue dans tous les cas (dans l'idéal, le moins possible). Si la notion de sobriété numérique évoque l'efficience de nos produits, elle interroge tout autant leur utilité. Aussi, un service en ligne dépourvu d'objectifs identifiés ou en situation d'échec vis-à-vis de ces derniers ne saurait prétendre s'inscrire dans une démarche de sobriété numérique, et ce malgré son degré d'efficience technique ou éditoriale.

Comprendre la notion de sobriété numérique

Un exemple que j'utilise souvent pour illustrer mon propos est celui du photographe qui souhaite se rendre visible sur Internet.

Le métier d'un photographe, c'est précisément la photographie, un type de média dont on sait qu'il va consommer plus de données pour être transféré d'un point A à un point B, plus d'énergie pour être traité côté client par les navigateurs web, plus de ressources pour être hébergé sur Internet, que du texte. Et pourtant : il semble obligatoire de représenter l'artiste à travers ses œuvres pour donner du sens à son site web et justifier son existence.

La vitrine en ligne d'un photographe consommera-t-elle plus de données qu'une autre où les images, facultatives, peuvent être évitées ? C'est probable (encore que).

Pourra-t-elle, malgré ce handicap, prétendre faire preuve de sobriété numérique ? C'est une évidence. Il ne tient qu'à nous, développeurs, de défendre les bons compromis à la conception et de rivaliser d'ingéniosité pour compresser la dette énergétique au possible.

Mais alors, comment distinguer ce qui est admissible de ce qui ne l'est pas lorsque l'on souhaite développer avec sobriété pour le Web ? Où commencer ? Où s'arrêter ? D'après moi, il en va pour beaucoup de notre capacité à ignorer les désirs, pour nous concentrer pleinement sur les besoins. Nous ne savons pas ce que nous voulons. Nous pensons savoir, nous pensons nous interroger. En vérité, nous nous satisfaisons d'idées préconçues, car c'est moins douloureux que de nous remettre continuellement en question. Tandis que le superflu nous est offert sur un plateau, la simplicité nous est retirée et c'est à nous d'aller la chercher. Tout ceci reste bien sûr subjectif. Variable. Et si l'efficience est une valeur sûre dans mon métier, j'imagine que d'autres appliquent leurs propres méthodes dans l'optique de faire mieux avec moins.

Car c'est bien de cela qu'il retourne : utiliser des moyens proportionnés pour arriver à ses fins, sans jamais compromettre les objectifs initiaux.

Pour quels résultats ?

Parlons bénéfices.

Les bienfaits de la sobriété numérique

La sobriété numérique au service de l'expérience utilisateur

Les services en ligne ont moins pour vocation de satisfaire leurs créateurs que leurs utilisateurs ; il y a donc tout intérêt à aller dans le sens du confort de ces derniers.

Un site web peut facilement être desservi par la lenteur, l'instabilité ou la complexité de son interface. Patienter trois secondes pour voir se charger une page constitue déjà un premier frein rédhibitoire pour de nombreux internautes. Être désorienté ou témoin d'étrangeté technique en est un second.

Ces obstacles à la conversion peuvent facilement être évités grâce à la sobriété numérique. Un site web auquel on aura appliqué une démarche de frugalité fonctionnelle se chargera plus vite tout en présentant moins de risques d'instabilité que s'il avait été conçu en privilégiant le confort du développeur, à travers une surenchère d'outils. De plus, en limitant le contenu et les fonctionnalités inutiles, les utilisateurs ont moins de chance de se perdre en chemin, pour aller plus vite là où l'on aura bien voulu les conduire. Ce qui est en règle générale l'objectif poursuivi.

Oublié, le "Qui peut le plus peut le moins."

La sobriété numérique à la rescousse de l'exploitant

Je vais briser un tabou : non, un site web n'a pas toujours besoin d'être entretenu. Il semble inscrit dans le marbre qu'une maintenance régulière est inhérente au bon fonctionnement d'un site, mais c'est faux. Tout dépend de comment ce dernier a été conçu, et plus précisément des technologies sur lesquelles il repose.

La plupart des prestataires de création web (agences et indépendants) additionnent le travail d'autrui pour parvenir à un résultat plus vite et dans un moindre effort. Cette pluralité des sources de développement, rendue possible par des acteurs heureusement bien attentionnés, est problématique à bien des égards : l'on en vient à produire des solutions avec des dépendances fortes. D'où la nécessité d'être attentif à leur vieillissement.

Il est tout à fait possible de créer des services en ligne qui puissent perdurer des mois, des années sans jamais être revus. À service égal, la sobriété numérique permet ici de jouir d'une autonomie plus grande, de favoriser la résilience, sans intervention humaine. Avec une charge plus faible à gérer par utilisateur, les serveurs résistent mieux en cas de forte affluence et permettent d'épargner des investissements de montée en puissance qui se seraient révélés aussi coûteux que capitaux en d'autres circonstances. Et cette frugalité s'applique aussi bien à l'offre qu'à son support. En proposant une offre certes plus restreinte, mais mieux maîtrisée, à ses clients, il est d'autant plus facile de les satisfaire, et donc de les fidéliser. Les coûts de maintenance et d'hébergement d'un site web ne sont donc pas les seuls que l'on peut espérer réduire lorsqu'on privilégie la maturation à la précipitation.

La sobriété numérique, au profit de l'environnement

Jusqu'à présent, mon discours s'est intéressé à la logique de profit d'entreprise (mieux vendre, dépenser moins). C'était mûrement réfléchi. Dans un monde parfait, la beauté du geste suffit à motiver de bonnes décisions. Dans le nôtre, un léger coup de pouce est toujours bienvenu quand il s'agit de se remettre en question.

Réjouissons-nous : si, bien appliquée, la sobriété numérique est bénéfique à tout business, limiter la consommation en données et en énergie est tout aussi profitable à l'environnement. Nous avons la possibilité de faire d'une pierre deux coups ; il serait dommage de s'en priver.

Je vous invite à lire d'autres articles du blog Awebsome pour en apprendre plus sur les enjeux environnementaux et sociétaux du Numérique.

Appliquer une logique de sobriété numérique dans le développement web

Appliquer une logique de sobriété numérique dans le cadre de la création d'un site ou d'une application web professionnels est tout sauf facile.

Pour le prestataire, le travail réalisé est souvent chronophage et requiert de nombreuses compétences techniques transversales. Il doit en outre savoir faire preuve de patience et de pédagogie quand il s'agit de justifier des choix qui de prime abord sont incompréhensibles pour le client. De son côté, le client doit savoir entendre les remises en question qui lui sont suggérées et se montrer prêt à envisager certains compromis, dans l'intérêt global de son projet.

Bien souvent, un client qui se fait une idée du site web écoresponsable est encore loin de la vérité tant qu'il n'a pas échangé avec un prestataire spécialisé.

Et si vous étoffiez votre vision avec Awebsome ?